Publié le 03.09.2026

Xavier Nissan : « À chaque fois que je veux candidater, j’appelle le PCN »

Xavier Nissan, Université d'Evry
Directeur de recherche à I-Stem, Xavier Nissan coordonne DREAMS, un projet lauréat du programme Horizon Europe consacré au développement de nouvelles pistes thérapeutiques contre plusieurs maladies neuromusculaires.

De la génétique au repositionnement de médicaments

Xavier Nissan est Directeur de recherche au sein de l’I-Stem depuis 2005. Coordonnateur du projet européen DREAMS (Drug REpurposing and Artificial intelligence for Muscular disorderS), ses travaux portent sur le repositionnement de médicaments dans les dystrophies musculaires. C'est une approche qui consiste à partir de molécules déjà connues et autorisées dans d’autres indications pour en identifier de nouveaux usages thérapeutiques.

Ce faisant, une grande place est accordée à l’intelligence artificielle, sans toutefois rompre le lien avec les malades et leurs familles. C'est justement ce rapport à l'humain qui continue de donner son sens à la recherche : « on n’oublie pas pourquoi on travaille », fait savoir Xavier Nissan.

Le projet DREAMS

Rechercher une réponse thérapeutique commune à plusieurs maladies, tel est le principe au cœur de DREAMS. Le projet part du constat suivant : les maladies rares concernent plusieurs dizaines de millions de personnes en Europe, mais chacune d’elles touche un nombre de patients souvent trop limité pour rendre le développement d’un traitement suffisamment attractif pour l’industrie pharmaceutique.

Le projet vise alors à déterminer si une même molécule peut agir sur plusieurs maladies neuromusculaires partageant certains mécanismes biologiques. Cinq pathologies sont ainsi étudiées simultanément : la myopathie de Duchenne, la myopathie centronucléaire, la dystrophie musculaire d’Emery-Dreifuss, ainsi que les maladies de Pompe et de Danon. Ensemble, elles concernent plus de 400 000 personnes en Europe.

À l’horizon 2028, l’objectif est de disposer à la fois d’une approche thérapeutique et d’une méthodologie clinique permettant d’en mesurer l’efficacité. DREAMS entend également produire des ressources susceptibles de bénéficier à d’autres équipes et à d’autres pathologies. « Quiconque souhaitant faire la même chose sur une maladie autre que celle de notre projet » doit pouvoir s’en saisir, souligne Xavier Nissan.

 « Un projet financé ne reste pas isolé ». Il s’inscrit dans un écosystème d’initiatives complémentaires, au sein duquel les collaborations peuvent se multiplier et les résultats circuler. « C’est du gagnant-gagnant, et ça démultiplie l’impact qu’on peut avoir. »

Le PCN, avant même de commencer à écrire

Lorsqu’il évoque la candidature de DREAMS à Horizon Europe, Xavier Nissan insiste sur la relative fluidité du montage : « c’était assez fluide, parce qu’on avait une idée très claire de ce qu’on voulait faire ». Cette fluidité ne doit toutefois rien à l’improvisation.

Près d’un an a été nécessaire pour constituer le consortium, et l’équipe s’est entourée de spécialistes du montage de projets européens. Un autre appui joue, dans sa méthode, un rôle déterminant : le Point de contact national Santé, qu’il a pris l’habitude de solliciter très en amont. « Quasiment chaque fois que je souhaite candidater à un programme européen, je prends contact avec le PCN. »

Sa démarche ne consiste pas seulement à rechercher des informations administratives. Elle vise d’abord à comprendre précisément ce qu’attend l’appel : ses prérequis, le sens exact de certains termes et les nuances parfois décisives contenues dans quelques lignes du texte. Xavier Nissan confronte également ses premières idées au regard du PCN afin d’en apprécier l’adéquation avec les exigences du programme.

« L’aide du PCN, pour moi, est directe, parce que je prends mon téléphone et j’appelle. Directe et précieuse ». L’intervention du PCN Santé précède ainsi largement la phase de rédaction.

Apprendre à penser comme un évaluateur

Son premier conseil aux chercheurs qui envisagent de candidater découle directement de sa propre expérience d’évaluateur : « Il faut apprendre à évaluer des projets pour être capable d’en écrire un ». Avant de coordonner DREAMS, Xavier Nissan avait lui-même participé à l’évaluation et au suivi de programmes européens.

Cette expérience lui a permis de se familiariser avec ce qu’il décrit comme une véritable « langue à part » : la gender balance, la sustainability, la distinction entre outcome et impact, mais aussi la manière dont un évaluateur parcourt un dossier et vérifie son adéquation avec les attendus de l’appel.

Vient ensuite la constitution du consortium. Là encore, Xavier Nissan recommande de ne pas précipiter les choses et d’avancer « par cercles concentriques ». Il s’agit d’abord de réunir un noyau de chercheurs et de partenaires avec lesquels une relation de confiance existe déjà : des personnes avec lesquelles on a publié, conduit des projets ou géré des financements.

Ce premier cercle peut ensuite être élargi aux partenaires de confiance de ces collaborateurs, avant de rechercher, lorsque cela devient nécessaire, des compétences entièrement nouvelles. L’enjeu dépasse largement l’excellence scientifique des CV. « Vous allez partager cinq ans de travail avec ces personnes » : il faut donc pouvoir compter sur elles, partager avec elles des résultats, des financements, des contraintes et des responsabilités.

Des structures d’accompagnement existent au sein des organismes de recherche et des universités ; elles peuvent être complétées par l’intervention de consultants spécialisés.

« C’est un marathon, pas un cent mètres »

Tous les programmes européens ne répondent pas aux mêmes logiques. Là où l’ERC peut valoriser une prise de risque scientifique particulièrement élevée, un projet collaboratif Horizon Europe doit notamment démontrer sa capacité à maîtriser les risques et à atteindre les résultats attendus. S’écarter excessivement du texte de l’appel peut, dans ce contexte, fragiliser une candidature.

Cette vigilance s’étend à l’usage de l’intelligence artificielle générative. Xavier Nissan l’utilise volontiers comme outil de réécriture ou d’amélioration de l’anglais, mais déconseille d’en faire le moteur intellectuel d’un dossier.

À ceux qui hésitent encore à se lancer, il adresse enfin un conseil plus élémentaire, mais sans doute décisif. Les chercheurs disposent souvent déjà, au sein de leurs réseaux et de leurs collaborations, des compétences nécessaires pour bâtir un projet européen. Encore faut-il accepter de franchir le pas. « On a tous, dans nos réseaux, de quoi construire des histoires. Il ne faut pas avoir peur, il faut y aller. »